M Jacques Dercourt de Jade Production, le producteur du film L’Eté des Lip (diffusé sur France 3 le 05/05/2012)  a eu la gentillesse de nous accorder quelques mots lors de la sortie du téléfilm. Un échange très intéressant où il revient entre autre sur la genèse du film réalisé par Dominique Ladoge.

Lip : D’où vous est venue l’idée de produire L’été des Lip ?
Jacques Dercourt : J’ai cette idée en tête depuis très longtemps car j’avais été très impressionné au moment des faits. Ces grèves de 1973 faisaient suite aux mouvements de mai 68 quelques années plus tôt dans lesquels les étudiants avaient été les moteurs de profonds changements de la société. Ils avaient inventé une communication forte avec des slogans comme «Il est interdit d’interdire», «L’imagination prend le pouvoir».

Ces mécontentements  ouvriers étaient une conjonction de choses, de revendications sociales et d’intelligence  par l’utilisation de slogans forts, qui est passée des étudiants aux salariés et syndicalistes, de Paris à la province qui ont fait naître ce projet auquel je tenais beaucoup.
Vous savez, pour faire un beau film, il faut des héros, une histoire extraordinaire et on avait tout ça dans ces évènements pour en faire un film. Vous y ajouter les notions de solidarité, d’entraide entre copains qui ont caractérisé ces grèves et vous obtenez le fil conducteur de L’été des Lip que j’ai présenté aux gens de la télévision.

Pouvez vous nous en dire plus sur sa réalisation ?
J’ai eu le bonheur de travailler avec des auteurs, techniciens, réalisateur, acteurs… qui ont eu un plaisir particulier de travailler sur ce film; l’ambiance correspondait au sujet, c’était très agréable. Cette alchimie s’est construite d’ailleurs tout naturellement dès le début.

Avec le premier réalisateur auquel j’avais pensé nous avons cherché ensemble un auteur et nous avons pensé très rapidement à Jean Vautrin (NDLR : deux fois primés au Goncourt) que nous ne connaissions pas. J’ai alors pris ma plume pour lui écrire une lettre pour lui présenter le projet auquel nous souhaitions l’associer. Alors que nous pensions à un long combat pour le convaincre, il m’a appelé trois jours après l’envoi de la lettre en me disant : «si vous montez une histoire sur Lip, pour moi je suis dans l’affaire dès maintenant».
Au fur et à mesure de l’avancement du projet j’ai préféré continuer l’aventure avec le très bon réalisateur Dominique Ladoge qui partageait ma vision de ce film.
Pour les acteurs, cela s’est aussi fait naturellement. Il y a un rôle sur lequel nous ne voulions pas nous rater, c’était celui de Piaget. J’ai proposé alors Bernard Blancan, un comédien formidable, magnifique au réalisateur et celui-ci l’a d’autant plus validé qu’il avait pensé au même comédien.
La chance a voulu que non seulement tous les acteurs disponibles que nous voulions ont accepté de participer à l’aventure mais aussi que la mairie de Besançon était très intéressée et impliquée dans le film. La mairie nous a ainsi trouvé une usine dans laquelle Vittot et Gurgy ont reconnu les même machines d’époque sur lesquelles ils avaient travaillé, une chance extraordinaire.

La diffusion du film était prévue pour le dernier trimestre 2011, plutôt original de voir sa programmation à l’entre deux tours des élections présidentielles ?
Nous sommes effectivement dans un contexte particulier mais je trouve très intelligent de la part du programmateur de France Télévision de l’avoir prévu ainsi. Les gens avalent du politique à haute dose depuis des mois et il a sûrement considéré que ce film qui touche l’affaire politique avait sa place dans la grille TV cette semaine. Le phénomène Lip est très connu des téléspectateurs et ce film colle bien avec les évènements. Attention toutefois, ce n’est pas un film politique, il n’y a pas de propagande, nous avons des personnages généreux qui se battent pour les autres, je connais des gens de gauche comme de droite qui se retrouvent dans ces convictions. Le film n’est pas marqué politiquement, c’est simplement une idée, une interprétation. D’ailleurs le réalisateur Dominique Ladoge a coutume de dire que c’est un  film humaniste !

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