En 1975, quand Claude Neuschwander, l’ancien responsable de Publicis reprend la marque LIP et décide alors de faire appel aux plus grands designers de l’époque. Parmi eux, Jean Dinh Van, fameux bijoutier en vogue de la place de Paris et véritable figure emblématique dans le monde de la joaillerie aujourd’hui.

Son parcours ressemble pourtant à celui d’un artiste qui jamais ne renonça à son rêve qu’importe les difficultés. Il faut dire que comme ses homologues créateurs, Jean Dinh Van est un visionnaire. Il veut lui aussi changer notre rapport à l’objet et à la matière, modifier la perception que nous en avons. Retour sur l’histoire de Jean Dinh Van, bijoutier surdoué et créateur pour Lip le temps d’une collection.

Une histoire personnelle atypique :

Jean Dinh Van est né sous le signe de l’originalité. D’abord il faut nous rappeler qu’il est à moitié breton par sa mère et qu’il avait également pour rêve de devenir marin. Un rêve que nous pouvons peut-être attribués à des racines plus exotiques qui viennent, elles de son père, puisque ce dernier est vietnamien.

En tout cas,  c’est à son père, un artisan laqueur, que Jean doit son brillant destin puis ce que c’est ce dernier qui lui conseille très tôt de créer des bijoux. C’est donc l’amour de l’artisanat inculqué par son père et le goût pour le travail manuel bien fait qui ont orienté le jeune créateur naturellement sur la voie de la bijouterie.

L’apprentissage du métier

Il fait son apprentissage dans les années 1950 en commençant par faire des études de dessin aux Arts décoratifs, une véritable institution nationale vieille de plus de deux siècles, ouverte de la main du roi Louis XV par lettres patentes.
Mais, c’est chez Cartier, la prestigieuse maison, qu’il apprend véritablement le métier d’artisan Joaillier. Il a donc reçu une formation artistique avant même de recevoir une formation artisanale. On peut donc facilement voir dans son cursus le terreau fertile de sa future créativité en matière de bijouterie est d’horlogerie.

Mais n’allons pas trop vite en besogne, car avant de réaliser ses propres bijoux, c’est plus de 10 ans qui vont s’écouler durant lesquelles Jean confectionne entre autres certaines des si fameuses panthères de la maison Cartier ainsi que des fleurs.

Prêt à voler de ses propres ailes

C’est en 1965 que j’en Dinh Van va finalement s’installer à son propre compte sur la place Gaillon dans le 2ème arrondissement de Paris. C’est à la même période qu’il réalise la fameuse bague deux perles qu’il ne signe pas mais fait signer par Pierre Cardin afin peut-être de lui donner plus de visibilité. Le pari est réussi puisque l’on peut encore aujourd’hui aller admirer cette superbe création au musée des Arts Décoratifs de Paris.

La suite de son histoire va peut-être vous permettre d’envisager la connexion qu’il y a entre le travail de Jean Dinh Van et les montres Lip avant même leur association.

A la fin des années 1960 Jean Dinh Van a une ambition : vendre des bijoux en dehors des bijouteries. C’est donc dans les « drugstores » du fameux groupe de communication « Publicis » dont un certain Claude Neuschwander est le secrétaire général, qui s’occupe entre autres de la communication des montres Lip qu’il décide de vendre ses créations. En fait Dinh Van cherche à faire quelque chose qui depuis lors c’est largement répandue : populariser le luxe, le rapprocher du public, à l’écart des grandes places sacralisées où on les trouve habituellement.

Dinh Van devient une grande marque, rue de la Paix à Paris

Montre Lip Dinh Van

Montre Lip pour Dame I Dinh Van

Dans les années 1970 le créateur invente ce qui va devenir une emblème de la marque, peut être même une icone. En fait, il s’agit d’un véritable paradoxe pour le Joaillier, cet amoureux de la liberté qui voulait rappelons le devenir marin puisqu’il s’agit d’une paire de menottes ! Mais bien entendu ce n’est pas la privation de liberté qu’elles symbolisent, mais plutôt le lien d’amitié ou d’amour qui peut unir deux êtres.

On peut dire que c’est la décennie ou tout s’accélère, les années de toutes les réussites pour le Joaillier. Il s’installe d’abord au 7 rue de la paix où il crée un concept store où différents artistes ont l’occasion de s’exprimer si ils le souhaitent. C’est ensuite à New York qu’il installe sa boutique, sur Madison Avenue dont la réputation est mondialement connue, puis en Suisse à Genève et enfin à Bruxelles. Jean Dinh Van connaît alors un succès international fulgurant. C’est aussi au milieu des années 1970, appelé par Claude Neuschwander, le nouveau patron de Lip, qu’il va collaborer avec les montres Lip afin de créer une fameuse collection capsule.

Jean Dinh Van design dessine donc trois tours de bras en argent pour dame dans lesquels un mouvement T13 est emboîté.

Sa collection se compose de la façon suivante :

  • Une montre carrée avec un cadran rond sur lequel quatre points noirs sont gravés.
  • Une montre ronde qui comporte quatre chiffres arabes.
  • Une montre ovale qui présente quatre chiffres romains.

Les années 1980, les années rebelles de la marque

Pendentif par Dinh Van & Cesar

Pendentif par Dinh Van et l’artiste Cesar

En 1980 Jean Dinh Van vend dans sa boutique en bijoux très connu en forme de sein qu’il a créé avec un ami cher à son cœur, César un des artiste les plus en vue du moment.

Pratiquement dans la même lancé, le Joailler décide de faire une chose tout à fait inattendu : distribuer les montres de la marque « Swatch ».
Ici nous ne parlons pas des montres du groupe propriétaire de Breguet, Blancpain, Longine ou Omega mais bien des montres en plastique aux couleurs vives et aux motifs échevelés. La raison pour laquelle cette décision fit la une des journaux de l’époque, est qu’il était jusqu’alors inconcevable pour un bijoutier de « s’abaisser » à vendre des objet aussi populaires. Des montres que beaucoup considéraient encore comme des « cochonneries de plastique » à l’image des superbes « Candides » Lip par Michel Boyer plus de 5 ans plus tôt. Certains quotidiens parlent même d’un «malheur rue de la Paix» !
Encore une fois c’est la volonté de changer l’image de la joaillerie et d’en faire quelque chose d’accessible en dehors des chapelles dorées de la place Vendôme qui pousse Dinh Van à se lancer dans des opérations aussi médiatiques que périlleuses pour son image de marque.

Les 90’s, les années 9 carats mal acceptées par Dinh Van

Les standards et les règles changent peu souvent dans le monde de la bijouterie mais lorsqu’elles le font c’est tout un artisanat qui est touché de façon positive ou négative. Ainsi en 1993, une petite révolution ébranle tout le milieu de la bijouterie française. En effet, le 4 novembre le conseil des ministres adopte une loi qui autorise l’importation et la fabrication de bijoux en or 9 carats jusqu’alors considérés trop bas de gamme pour bénéficier de l’appellation « or ». C’est la fin d’une exception qualitative à la française et bien entendu l’explosion des importations

"Pi Chinois" 24 carats par Dinh Van

« Pi Chinois » 24 carats par Dinh Van

de bijoux asiatiques bas et moyen de gamme.

Jean Dinh Van qui, comme vous l’aurez déjà compris possède un grand sens de l’humour et de la dérision décide de créer un bijoux tout à fait original : « le Pi Chinois », une version circulaire ajourée du symbole du ying et du yang. Ce bijoux est bien entendu un clin d’œil qui fait suite à la décision d’utiliser les métaux moins précieux venus du soleil levant à s’appeler « or ».
Ce bijoux est tout à fait singulier, on peut même dire que chaque exemplaire est une pièce unique d’ailleurs car il s’agit d’un disque chinois martelé à la main, le contraire des productions et importations de masse.

Autre très grand succès toujours copié mais rarement égalé : le bracelet sur cordon. Il est difficile aujourd’hui de ne pas croiser un de ces bijoux mais lorsque Jean Dinh Van le crée à la fin des année 1990 c’est une véritable mode qu’il invente !

Dinh Van rentre de plein pied dans le 3ème millénaire

Pi Chinois I Lapo Elkann pour Dinh Van

Pi Chinois I Lapo Elkann pour Dinh Van

Même si Jean Dinh Van vend la marque ainsi que les boutiques en 1998 à Eric Laporte et un groupe d’investisseurs, on peut dire que les années 2000 marquent vraiment la consécration du créateur. Par exemple, au tout début des années 2000 le musée des arts décoratifs de Paris lui consacre une exposition dans laquelle de nombreuses de ses créations peuvent être admirées par le publique. D’ailleurs, ses plus fameuses réalisations sont maintenant exposées de manière permanente dans la « galerie des bijoux ».

Mais ce n’est pas tout, car en 2008 Dinh Van ouvre une nouvelle boutique à une adresse très prestigieuse… Le 123 avenue des champs Elysées. En plus de la rue de la paix, Madison avenue et Genève, la maison bijoutière s’offre ainsi un véritable pignon sur rue dans la plus fameuse avenue du monde. Toujours la même année alors que l’on célèbre l’anniversaire de la révolte culturelle de mai 1968, Dinh Van réédite « le pavé » un pendentif que le créateur avait conçu à l’époque afin d’exprimer ses idéaux de liberté.

C’est loin d’être la fin de cette belle histoire puisque le fameux Pi Chinois vient pratiquement juste d’être revisité par le designer italien « Lapo Elkann » et que régulièrement de nouvelles boutiques siglées Dinh Van sont ouvertes en France et dans le monde.

Le message du Breton vietnamien avide de liberté et d’expression artistique n’est pas près d’être mis sous silence.

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