Cette année, nous avons célébré l’anniversaire de la révolte des Lip de 1973, une période dont beaucoup de Français se souviennent encore avec émoi. A cette occasion un programme très complet qui se développera jusqu’au 15 décembre 2013 a été mis en place par l’université de Franche Comté afin de retracer toutes les étapes clés de « l’affaire Lip » avec la participation des protagonistes de l’époque comme le très fameux Charles Piaget, Claude Neuschwander ainsi que le président actuel de Lip, Jean Luc Bernerd et de nombreux autres intervenants. Mais ce n’est pas la seule commémoration libertaire auquel Lip aura participé en cette première partie d’année, puisque nous avons également développé avec la marque « Commune de Paris 1871» une collection capsule de montres et t-shirts rendant hommage à la révolte des Lip il y a 40 ans déjà.

« L’affaire Lip » retracée par l’université de Franche Comté.

Voilà 40 ans que l’affaire Lip et le fameux été des Lip a eut lieu,  c’est pourtant toujours avec une vive émotion que les témoins directs des événements évoquent la lutte qui les a opposé à l’état Français et à la société Suisse Ebauche SA. Il faut dire que ce que firent les ouvriers de l’usine de Palente en 1973 fut sans précédent dans toute l’histoire de France depuis la 1ere révolution industrielle.

Un bref rappel :

Le 12 juin 1973 est pour beaucoup la date charnière du mouvement, « ce qui a mis le feu aux poudres » comme dit Michel, le fils de Charles Piaget le fameux militant. C’est que les administrateurs ne s’attendaient pas à être séquestrés après que les ouvriers aient découvert le plan de restructuration prévoyant le licenciement de 480 ouvriers. Ils ne savaient pas non plus que cette fois ce serait les ouvriers qui saisiraient l’usine et surtout tout le stock de montres. Ce qui s’en suivi est encore pour beaucoup la réalisation d’une utopie populaire qui faisait écho aux idéologies soixante-huitardes. Un rêve que beaucoup ne pensaient jamais voir se réaliser, une entreprise en complète autogestion où « on fabrique, on vend et on se paie » comme le disaient les banderoles de l’époque.

Durant cette période de nombreux témoignages font état des manifestations de soutien de la part du public de manière générale et on peut même penser que cette sympathie à protégé l’entreprise autogérée (au sens littéral) d’une contre-attaque belligérante plus immédiate de la part des pouvoirs publics.

Mais le 15 août 1973 tout change avec l’assaut musclé des forces de l’ordre, une action qui choque le public par sa brutalité et qui oblige les Lip à se replier dans un gymnase local ou ils comptent poursuivre la lutte. A la suite de cet événement un plan est proposé mais celui-ci est refusé par les Lip puisqu’il comprend toujours le licenciement de 159 personnes. La réponse des Lip à cette situation est de taille puisque une marche sur Besançon est organisée avec plus de 100 000 personnes de tous horizons le 25 septembre 1973. On dit que la marche était si grande que certains ne parvenaient même pas à la commencer.

Le 29 Janvier 1974, la compagnie européenne d’horlogerie dirigée par Claude Neuschwander reprend Lip avec la promesse de réembauche de 850 ouvriers. C’est la fin du premier conflit même si ce n’est pas la fin de la bataille compte tenu des nouvelles difficultés financières rencontrées par l’entreprise qui fait face à la mauvaise volonté de ses fournisseurs et l’intransigeance du tribunal de commerce qui force Lip à honorer d’anciennes dettes et ce contrairement aux accords signés. Beaucoup pensent que l’état Français voulait faire payer aux Lip l’autogestion de 1973, perçu comme un affront par le pouvoir politique.

L’autogestion : un modèle qui fait encore rêver certains

Ce dont l’état Français avait le plus peur en 1973, c’est la multiplication du modèle Lip, c’est-à-dire l’autogestion des entreprises par les employés, sans dirigeant. Certes, c’est bien la force des choses qui a entrainé les Lip sur la voie de l’autogestion. Mais au-delà de leur lutte c’est l’idéal libertaire auquel aspirait la génération de mai 1968 qui a entraîné cet élan sans précédent de soutient de la part de l’opinion publique.

L’autogestion de l’usine de Palente était un véritable exploit improvisé. La saisi du stock bien entendu fut l’action clé de cette initiative mais la réussite temporaire de ce système entrepreneurial tient aussi à l’extraordinaire motivation des employés qui durent accepter nombre de sacrifices et faire preuve de beaucoup d’astuces pour que cette expérience puisse fonctionner même temporairement.

Voici ce qu’écrit Francine Aizicovici dans un article au sujet de l’autogestion du site de Palente sur lemonde.fr :
« Cette aventure autogestionnaire, extrêmement populaire en France et au-delà, reste, 40 ans plus tard, une référence en matière d’action collective. Dans le contexte actuel d’économie financiarisée, de fermetures de sites en cascade et de chômage de masse, cette lutte trouve aujourd’hui ses prolongements avec la multiplication d’initiatives de salariés en faveur de la création de coopératives, souvent portées par des syndicats. » (extrait de cet article du monde.fr)

Si on parle encore aussi souvent de l’affaire Lip c’est qu’en ces temps d’incertitudes économique et de fermetures de sites, l’attitude volontariste des Lip apparaît toujours comme une option envisageable par certains malgré la difficulté que cela représente et les sacrifices que cela peut impliquer à tous les niveaux. Il y a également un problème de confiance de la part des partenaires et des prestataires.

Voici ce que dit Claude Neuschwander au sujet des Scop (société coopérative et participative)
« Si les clients et les fournisseurs sont des industriels, certains d’entre eux vont considérer la Scop comme une entreprise dont la légitimité n’est pas acquise, parce qu’elle ne correspond pas aux canons de la propriété du capital. Aujourd’hui, c’est encore plus difficile de faire vivre une Scop, parce que la société est encore plus tournée vers le fric, le gain, le refus de la solidarité entre les hommes. » (extrait du monde.fr)

C’est bien le problème que l’usine de Palente a rencontré de 1974 à 1976 sous la direction de M Neuschwander et un des facteurs explicatifs de l’échec de cette nouvelle reprise malgré des débuts prometteurs et les magnifiques collections « designers » dont il a impulsé la création. Concrètement, les fournisseurs n’honoraient plus les commandes qui leur étaient faites. L’autogestion fait peur et véhicule une image d’instabilité, d’imprédictibilité qui fait mauvais ménage dans un contexte économique général où la certitude était et demeure justement une des valeurs les plus recherchées dans le domaines des affaires.

Ces évènements de 1973 restent encore très marqués dans les esprits de la génération qui a vécu ce mouvement de résonance nationale, voire internationale. Quelles que soient leurs idées / positionnement, tous saluent l’initiative de l’université de Franche Comté qui propose de se plonger dans cette aventure fascinante au travers de multiples événements tels que des conférences, des colloques, des expositions et même une ballade sonore (consultez le programme).

Justement à l’occasion d’un colloque qui eut lieu les 6 et 7 juin derniers, notre président Jean Luc Bernerd a remis 10 montres GDG en guise de lien entre le Lip d’avant et celui d’aujourd’hui, qui va de l’avant mais n’oubliera jamais son passé.

Une révolte plus ancienne

Outre la participation de la marque à ces évènements, Lip est associée à la marque « Commune de Paris 1871 » dans une collection capsule pour commémorer les quarante ans de l’été des Lip.

Cette marque de vêtements et accessoires de mode rend hommage à un autre événement libertaire,  l’acte de révolte de 1871 déclenché après la défaite de la France contre l’Allemagne impérialiste. Elle a souhaité s’associer à notre marque française de montres à l’occasion de cet anniversaire.

 

La collection capsule Commune de Paris 1871 / autogestion des Lip

Il s’agit de deux concepts basés sur la montre Panoramic et la Mach 2000, deux modèles emblématiques parmi nos collections « créateurs ». Il sont tous deux pourvus d’un bracelet « nato » et d’un boitier doré. Deux montres à la fois classiques et rafraîchissantes qui s’accorderont parfaitement avec une chemise ou même un T-shirt « été des des Lip » si vous voulez parfaire votre look révolutionnaire.

Connaissiez vous ces évènements de 1973 et si oui quel souvenir cl en gardez vous ?

 

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